Pour une véritable deuxième chance

Mardi 24 avril 2018

Pour une véritable deuxième chance

Ces 23 et 24 avril, Caritas Luxembourg a organisé en collaboration et avec le soutien du Ministère de la Justice et le Ministère de la Famille, de l’Intégration et à la Grande Région, une conférence grand-public, ainsi qu’une journée d’études, dédiées à la réinsertion par le logement des personnes sortant de prison ou faisant l’objet d’une mesure dans la communauté (liberté conditionnelle, bracelet électronique, travail d’intérêt général…) et à la prévention du sans-abrisme. « Nous voyons trop souvent dans nos différentes structures d’hébergement d’urgence, que ce soit au Centre Ulysse ou à la Wanteraktioun, des personnes sorties de prison qui ne savent pas où aller », a souligné Charel Schmit, président de Caritas Accueil et Solidarité et vice-président de Caritas Luxembourg. « Dans la rue, les gens risquent malheureusement de retomber très vite dans la délinquance. Voilà pourquoi, nous avons souhaité soulever la question de la réinsertion par le logement et réunir tous les acteurs concernés pour réfléchir ensemble sur une solution cohérente et adaptée pour le Luxembourg. Il faut faire en sorte que les personnes qui sortent de prison aient Il faut faire en sorte que les personnes qui sortent de prison aient une véritable chance de réinsertion ou réintégration sociale. »

Lors de la conférence grand-public qui a eu lieu le 23 avril, Guy Schmit, criminologue et consultant pour Caritas Accueil et Solidarité, a présenté l’étude qu’il a réalisée en automne 2017, avec le soutien du Ministère de la Famille, de l’Intégration et à la Grande Région, sur les besoins de la population-cible des futures Maisons de transition (personnes sortant de prison ou faisant l’objet d’une mesure dans la communauté (libération conditionnelle, bracelet électronique, travail d’intérêt général, contrôle judiciaire). Le logement figure en toute première place sur la voie de l’intégration. Il faut cependant pouvoir le trouver et avoir les moyens de le financer et de le garder, ce qui est particulièrement difficile à partir de la prison, avec un casier judiciaire ou sans contrat à durée indéterminé. Malheureusement, les pratiques sur le marché libre de l’immobilier, les longues listes pour les foyers et structures d’accueil, ainsi que des problèmes d’ordre plus général liés à la sortie de prison, font que ces personnes se retrouvent très vite dans la rue. « Après avoir purgé sa peine, souvent avoir perdu son travail, son logement et une partie de son réseau social, devoir repasser par la rue est une punition supplémentaire qui pourrait et devrait être évitée grâce à la mise en place de Maisons de transition. » conclut Guy Schmit.

Ces conclusions ont été débattues ensuite lors de la table-ronde qui a suivi la conférence et à laquelle ont participé Dan Biancalana, président de l’Association luxembourgeoise de Criminologie, Claudia Monti, contrôleur externe des lieux privatifs de liberté, Luc Reding, conseiller de direction première classe au Ministère de la Justice, Charel Schmit, président de Caritas Accueil et Solidarité et vice-président de Caritas Luxembourg, et Guy Schmit, criminologue et consultant indépendant pour Caritas Accueil et Solidarité. A la fin de la table-ronde, animée par Nathalie Reuter, les participants ont tous soulevé l’importance d’avoir au Luxembourg des maisons de transition, - maillon manquant de la chaîne de la réinsertion sociale des personnes sortant de prison, avec une offre spécifique et spécialisée, et de travailler, pour ce faire, en réseau.

Le lendemain, la journée d’études était dédiée à un public de professionnels du secteur psycho-social et éducatif travaillant directement ou indirectement avec des prisonniers et et de probationnaires, c’est-à-dire des personnes faisant l’objet d’un traitement dans la communauté. Ils étaient nombreux à s’être déplacés, tous conscients qu’il faut faire quelque chose. Les participants ont pu découvrir lors de cette journée d’études toute une série de bonnes pratiques en matière de réinsertion sociale par le logement. Au Pays-Bas, par exemple, on mise sur le travail des bénévoles et l’attitude des professionnels envers les ex-détenus. « We stand beside and not above them », a souligné Ed Deij, le directeur des Maisons de transition d’Alkmaar et d’Amsterdam gérés par Exodus. En France, à la Clausmatt, une ferme-auberge pour des ex-détenus, ayant purgé de longues peines dont 90% ont des problèmes psychiques et/ou psychiatriques, souffrent de solitude et ont du mal à vivre en autonomie, les bonnes pratiques à retenir sont nombreuses, selon Raymond Kohler, directeur de plusieurs pôles d’établissements oeuvrant dans le champ social: une semaine d’essai est proposée aux futurs résidents, les règles de la vie en communauté sont assez souples et adaptées aux besoins des résidents, le contact avec le monde extérieur se fait à travers la gestion d’un restaurant et d’un gîte pour randonneurs, un vocabulaire valorisant et non stigmatisant est utilisé, etc.

La journée a également été marquée par la présentation par Félix Braz, ministre de la Justice des projets de loi sur la réforme de l’administration pénitentiaire et de la réforme de l’exécution des peines. « Ces deux projets de loi sont les premiers maillons d’une meilleure réinsertion sociale des prisonniers. Il faut pour cela se donner tous les moyens », a souligné Félix Braz, lors de la journée.

Au cours de la matinée ou lors des ateliers de l’après-midi, les participants ont eu l’occasion d’échanger en petits groupes et ensuite tous ensemble sur les grands axes d’une approche cohérente et durable pour le Luxembourg. S’il est trop tôt pour présenter un modèle pour de futures « Maisons de Transition » luxembourgeoises, - le chemin vers ces maisons ne fait que commencer -, ces échanges ont permis de dégager quelques grandes lignes.

En fin de journée, beaucoup reste à faire. Mais tous les participants étaient prêts à relever le défi pour donner une « vraie » deuxième chance aux personnes qui sortent de prison. Caritas Luxembourg synthétisera les conclusions de ces deux événements pour préposer une offre spécifique pour ces personnes et ainsi prévenir qu’elles ne se retrouvent dans la rue. « Caritas Luxembourg est prête à se lancer dans la création de maisons de transition afin de prévenir le sans-abrisme et le mal logement, à condition que le gouvernement donne son appui. » a conclu Andreas Vogt, directeur de Caritas Accueil et Solidarité asbl.

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